ENTRETIEN ALEXANDRE CHARDIN

Avez-vous lu Notre feu ? Depuis la semaine dernière, l’ouvrage d’Alexandre Chardin est sur les tables des librairies ! Un beau roman à découvrir sur l’initiation sentimentale et sexuelle… Et quoi de mieux que les mots de l’auteur pour vous convaincre ?

Alexandre Chardin nous parle de son nouveau roman pour adolescents Notre Feu :

  1. L’île sur laquelle Colin et sa famille passent leurs vacances n’est jamais nommée : pouvez-vous nous dire d’où vous est venue l’inspiration pour décrire la vie sur cette île ? De vos souvenirs d’enfance ? De votre imagination ?

C’est une île qu’on a découverte il y a quatre ans. En fait je ne connaissais pas très bien la Bretagne, j’y allais quand j’étais petit, et puis on nous a prêté une maison qui se trouve sur l’île de Groix. C’est une espèce de petit paradis. L’île dans Notre Feu est complètement inspirée de Groix : il y a un carrousel, une petite ville qui s’appelle Le Bourg où on arrive en ferry, il y a deux phares – dont un qui est un petit peu abandonné, et qui m’a servi de phare pour Tristan. Il y a des plages, des lames, il y a cette ambiance… Les noms des chemins sont inscrits sur des pierres, et même le nom des plages et des routes est noté sur le sol à la peinture. Donc, oui, je me suis vraiment beaucoup inspiré de cette île !

  1. Colin apprivoise le désir et le plaisir sexuels. Ses premières expériences le complexent. Pourquoi avoir choisi d’écrire sur cette thématique ? Et pourquoi de ce point de vue – masculin et hétérosexuel – en particulier ?

Déjà, je suis moi-même hétéro : je me voyais mal partir sur une histoire homosexuelle parce que, sans que ça me dérange évidemment, j’aurais eu du mal à en parler et à être objectif. D’autant que le roman est très intime, et j’avais envie de partager un peu cette intimité. Beaucoup de romans parlent du désir féminin, des expériences des filles, mais le côté masculin n’est pas tellement développé. D’autant plus du côté de la maladresse que l’on a quand on est un garçon, du tabou, parce qu’on est gêné, qu’il faudrait être performant dès le début, avoir je ne sais combien de conquêtes. Mais, très honnêtement, le début… c’est pas bien ! On est très mal à l’aise, on ne sait pas comment le dire, comment le faire… Donc j’avais aussi envie, moi, de parler de ce que j’avais vécu. Je ne suis pas Colin évidemment mais je pense que tous les garçons, au début, ont senti cette espèce de frustration, de gêne, de maladresse. J’avais envie d’en parler avec honnêteté, en me détachant de cette masculinité toxique, cette pression, assez malsaines, je trouve. J’avais envie de dire que ça pouvait être compliqué au début, puis devenir vachement chouette –l’amour est une alchimie de plein de choses. Le désir, la pulsion, c’est très fort, mais l’amour, c’est autre chose.

  1. Votre roman est aussi empreint d’engagement, pour la préservation du littoral. Si vous deviez vous engager dans une cause, laquelle choisiriez-vous ?

Les femmes, la cause des femmes. Il y a une masculinité qui me dérange beaucoup : la masculinité arrogante, qui se voudrait toute-puissante et qui écrase la féminité, la fragilité, l’homosexualité. Cette masculinité me fait honte, elle fait honte au genre masculin. Je voulais vraiment montrer qu’un homme fragile, un homme qui doute, c’est aussi beau. Cette part de doute, de fragilité doit être assumée chez les hommes, et je pense que ça fait des hommes qui sont plus sensibles. Aujourd’hui, je me positionne contre cette masculinité, pour la cause des femmes.

Je pense que je m’engage tous les jours pour cette cause, parce que je suis prof et que je défends systématiquement, poings levés, les femmes. J’étudie par exemple Princesse Mononoké en 5ème, car je trouve que c’est un bel exemple de fille forte, puissante, autonome et indépendante. Pour moi c’est une figure féminine majeure. J’étudie beaucoup d’autres textes féministes, des autrices comme Annie Ernaux, Marguerite Yourcenar. Quelque part, je suis tout le temps dans le féminisme, mais sans utiliser le terme.

  1. De quel personnage vous sentez-vous le plus proche ?

Je dirais Ada ! Contrairement à Colin, Ada est déjà un peu métamorphosée, elle a cette indépendance, cette autonomie. Et puis elle a une parole libre par rapport aux garçons. Elle est libre dans son désir également, dans sa sexualité : c’est elle qui engage la relation avec Colin, et qui va l’émanciper. Ada, c’est un personnage que j’aime beaucoup. Elle est solaire, puissante. Elle est à la fois drôle, tout en ayant vécu quelque chose de dur. C’est cette féminité qui transforme les garçons, le masculin, et que j’avais envie de révéler.

 

 

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